Laurent Alexandre et le transhumanisme

A voir absolument, cette table ronde, devant des élèves de Polytechnique.

Laurent Alexandre porte un regard lucide sur le transhumanisme, et la REVOLUTION ETIQUE QU’IL VA IMPOSER.

Je ne sais pas quoi en penser encore. C’est évident que c’est un cataclysme qui va nous tomber dessus, dans un très proche avenir, et que nous ne pouvons pas espérer êtres seuls à rester isolés de ces technologies. D’un autre côté, c’est la fin de la vie telle que nous la connaissons, et une vie rebutante à de multiples aspects.

Un des aspects particulièrement rebutant concerne notre libre-arbitre. Un homme, tel que nous le connaissons, se construit en partie aussi à partir de ses erreurs, de ses échecs, de sa souffrance. Qu’adviendra-t-il de l’homme tel que nous le connaissons, si une intelligence supérieure à nous même, nous empêche de tomber, de faire des erreurs, prévoyant tout avant nous, en toutes circonstances. Et comment accepter de confier notre chemin dans n’importe quel domaine à l’IA, en sachant par avance que c’est le meilleur chemin, mais sans avoir une chance de le comprendre. Il y a dans ceci, quelque chose qui révolte les athées, car c’est ni plus ni point la création prochaine d’un Dieu.

Oui, je crois que pour ma part, je refuse « Homo Deus ». Non pas parce qu’il risquerait de se tromper, mais parce que sa vérité me dépasse, et qu’en me dépassant, il me fait abandonner ma condition d’Homme, ma liberté d’homme, qui est de réussir mais aussi d’échouer, de gravir mais aussi de chuter…etc. Sans cette possibilité, que resterait-il d’un Homme ? L’Homme augmenté, l’IA forte, c’est sans doute la fin de l’Homme libre(1).

(1) Dans « La Mort en Direct » de Tavernier, le personnage augmenté (oeil caméra, invisible) joué par Harvey Keitel, ressent à la fin cet immense dégoût, celui de ne plus être un homme. Tavernier en parle ici

Le soutien inconditionnel de Paul Jorion à Greta Thunberg

J’avais au départ l’intention d’envoyer ma question à Paul Jorion autrement, après avoir vu la fin de cette vidéo. Mais comme je crois qu’il ne veut plus échanger avec moi, suite à notre dispute sur ce billet, je pose la question ici :

« M Jorion,

Vous est-il jamais venu à l’idée qu’un jour, Greta Thunberg devenue adulte, deviendrait une égérie de l’environnement, entraînant derrière elle toutes sortes de gens qui prendront son message  « I want you to panic » au premier degré, en cherchant des coupables ? Vers quelles nouvelles violences et quelles nouvelles illusions irions-nous alors ? »

Est-ce que nous devons oublier l’énorme espoir suscité par la révolution bolchevique, puis la façon dont certains fanatiques ou dictateurs ont dévoyé tout le projet ? L’urgence écologique ne devrait-elle pas nous inciter au contraire, à être un peu circonspects, pour éviter de retomber dans les mêmes dérives ?

Le combat de Greta Thunberg est juste, puisqu’il s’agit de « remuer » les décideurs publics, pour qu’ils intègrent enfin la défense de l’environnement dans leur critères de décision. Et donc je la soutiens, mais de là à la suivre aveuglément dans tout ce qu’elle entreprendra dans le futur, je trouve raisonnable d’attendre de voir quelle proposition politique s’attachera à sa personne, dans quelques années.

Vincent Rey
findutravail.net

 

Youkali, Kurt Weil, paroles de Roger Fernay (par le Trio Fauve, Angèle Chemin)

(…) Youkali, c’est l’espérance qui est au coeur de tous les humains, la délivrance que nous attendons tous pour demain (…)

Quel bel hymne cela ferait, pour tous les humains !

« C’est presque au bout du monde
Ma barque  vagabonde
Errant au gré de l’onde
M’y conduisit un jour
L’île est toute petite
Mais la fée qui l’habite
Gentiment nous invite
À en faire le tour
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali
Youkali, c’est le respect de tous les vœux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Et la vie nous entraîne
Lassante, quotidienne
Mais la pauvre âme humaine
Cherchant partout l’oubli
A, pour quitter la terre
Su trouver le mystère
Où nos rêves se terrent
En quelque Youkali
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali
Youkali, c’est le respect de tous les voeux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali »

 

 

Le GIEC : un « machin » pour se rassurer, et continuer nos petites affaires…

Toutes proportions gardées, je vois beaucoup de similitudes entre ce qui s’est passé à Blois en 2005, avec l’Observatoire Loire, et ce qui se passe aujourd’hui avec le GIEC.

En 2005 à Blois, Maurice Leroy avec l’accord unanime des conseillers généraux du Loir et Cher décidait d »effacer » (comprendre « détruire ») un barrage mobile qui n’était relevé que pour quelques mois en été, après le passage des poissons migrateurs (1). L’Observatoire Loire de Blois, une association municipale très subventionnée  (peut-être pas autant que le Giec, mais tout de même..) avait pris la tête de cette « croisade » contre l’édifice, aidé en cela par plusieurs associations environnementales parmi lesquelles le WWF, Logrami (2), et France Nature Environnement. Tous prétendaient de concert que le barrage portait un préjudice grave aux poissons migrateurs, en s’appuyant sur les expertises « scientifiques » incontestables des pêcheurs « à la mouche » de Logrami.

J’avais eu alors le sentiment, que ce barrage n’était pas visé pour des raisons scientifiques, mais très clairement pour des raisons idéologiques. Il s’agissait, du moins c’est comme ça que j’analysais alors les choses, de donner une réponse publique à l’inquiétude environnementale, et au consensus « anti-barrage » et « pro-vélo » sur la Loire. Le tout se rangeait derrière un slogan « bien-pensant », qui était de « laisser libre cours aux poissons migrateurs ».

En 2019, 14 ans après cette destruction financée à 40% par l’Europe (au nom je cite, de la «démarche d’excellence pour la restauration des poissons migrateurs»), les résultats ne sont pas là : aucune famille de poisson n’a profité de cette destruction (les ingrats), et c’est même assez catastrophique, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous.

Nous avons donc à Blois, un très bel exemple de « pseudo science » bien-pensante, soutenu par des associations écologistes réputées, qui au lieu de s’informer comme il faut sur un dossier, ont voulu s’occuper elles-même, de soulager directement les poissons. Le WWF, FNE, LOGRAMI, L’observatoire Loire de Blois, tous prétendaient être du bon côté de la science et de la défense de la Nature

Je ne prétends pas bien sûr que les résultats auraient été meilleurs en conservant ce barrage mobile, mais je dis par contre, qu’un processus comparable est à l’oeuvre à l’échelle du monde avec le GIEC. Car le GIEC joue exactement le même rôle : son existence, ses travaux, ses rapports, sont une contrepartie publique donnée à l’inquiétude mondiale sur le climat.

L’existence de cette « science officielle » et bien-pensante du GIEC, on peut tenter de l’expliquer en une phrase :

« Depuis qu’il existe un consensus assez large dans la population pour relier Voiture et CO², et pour suspecter que c’est le CO² émis par l’Homme qui est la cause du réchauffement climatique, l’idée d’offrir une contre-partie publique importante à cette inquiétude en finançant et en donnant une large place dans le débat public à une organisation internationale comme le GIEC se justifie, indépendamment de la façon dont peuvent évoluer les recherches en climatologie, et tant que ce consensus existe ».

En d’autres termes, le GIEC donne un corps, et une « existence médiatique » à l’inquiétude internationale sur le climat, pour que cette inquiétude puisse prendre sa juste place dans la « comédie humaine » que nous jouons tous ensemble, en participant au débat public. Du coup, le désaccord sur les effets du CO² sur l’atmosphère, lorsqu’il existe, n’est plus un simple désaccord : il indique que vous n’adhérez pas à ce consensus général contre le CO² humain, contre la voiture, l’avion, et tout ce que cela peut symboliser (industrie, etc). Vous êtes alors rapidement banni, et l’objet de quelques insultes au passage…Comment expliquer autrement cette unanimité, exigée par certains « fanatiques » du réchauffement anthropique, que révèle par exemple ce genre de discours :  » LE CO² VA TOUS NOUS TUER, IL N’Y A AUCUNE DISCUSSION POSSIBLE, ET IL FAUT MAINTENANT CESSER D’ÊTRE GENTIL AVEC LES GENS QUI PRÉTENDENT LE CONTRAIRE ! « .

Evidemment cette exigence d’unanimité ne peut pas être scientifique, lorsqu’on parle d’une discipline aussi balbutiante que la climatologie.

Quel que soit le rôle qu’on donne au CO² dans le réchauffement de l’atmosphère, si on juge exacte cette idée que le GIEC est une « contrepartie publique à une inquiétude », on comprend alors, qu’en changeant d’avis sur le CO², le GIEC sortirait des rails idéologiques sur lesquels on l’a lancé à grands frais. Il serait alors sévèrement jugé, car changer d’analyse en science, ça arrive souvent suite à de nouvelles mesures ou à de nouvelles observations. Par contre, changer de position idéologique, c’est nettement plus critiqué : on accuserait vivement M Jouzel de « retourner sa veste », ou d’être devenu à son tour un « négationniste du réchauffement » !

Et d’ailleurs, Jean Jouzel, porte-parole français du GIEC, ne donne-t-il pas souvent l’impression, d’être « prisonnier » du rôle idéologique que la sphère publique a voulu donner au GIEC ?

Par ailleurs, les gens qui adhèrent fermement à cette causalité « voiture => CO² => réchauffement », et qui entendent vous la faire rentrer dans le crâne, ne devraient-ils pas plutôt s’insurger avec la même énergie de voir cohabiter en même temps à la télévision les prévisions apocalyptiques du GIEC incriminant le CO², et des publicités pour des SUV, ou des voyages en avion ? N’est-il pas étonnant, ou même absurde, que l’alarmisme le plus absolu concernant le CO² ou le Nucléaire, côtoie de la sorte les injonctions les plus pressantes à consommer du pétrole ou de l’énergie par tous les moyens…? 

Ce n’est pas si absurde, une fois qu’on a entrevu ce qui est sans doute le véritable rôle du GIEC, tel qu’il s’immisce de plus en plus dans notre univers d’informations. Son rôle officiel est comme on le sait d’inspirer des politiques publiques compatibles avec le développement durable. Inutile de dire qu’on ne « sent rien », et que c’est bien le capitalisme qui tient les rennes du pouvoir (lequel se fiche bien de tout ce que peut dire ou écrire le GIEC !). Mais son rôle officieux, lui, on commence à très bien le sentir : il est de permettre aux gens de croire qu’ils se sont RANGÉS DU BON COTE DE L’HISTOIRE. Le Giec, cette « institution de la science officielle bien-pensante », leur permet d’EXPRIMER à leur place, et mieux qu’ils ne pourraient le faire, le souci réel qu’ils ont pour le climat, et la planète (3). C’est un rôle cathartique d’exutoire, qui au passage, détourne notre attention des autres dégâts écologiques et sociaux du capitalisme. Et puis le GIEC a un deuxième rôle officieux, que ne dédaigne certainement pas les intérêts capitalistes, qui est d’installer dans nos esprits l’idée  que « nous sommes tous coupables » (alors que c’est le système capitaliste lui-même qui l’est !), et que « nous devons tous changer, pour ne pas être condamnés », par exemple en subventionnant les voitures électriques (primes à la casse), les pompes à chaleur, les panneaux solaires, les pistes cyclables, etc… histoire de continuer à faire marcher le commerce.

Voila le genre de politique publique, que peut inspirer le GIEC ! En soutenant cette « science officielle », on s’imagine défendre l’environnement et la planète, alors qu’on ne fait que participer bruyamment et collectivement à la VERBALISATION de l’inquiétude climatique, pour nous en extraire, et continuer nos petites affaires!

Le président Macron n’est-il pas la meilleure illustration de ce double discours ? Il se pose mondialement en défenseur vigoureux du GIEC et de la COP21, mais il oeuvre « en même temps », à des fins de croissance, pour que 100 millions de touristes par an foulent le sol français d’ici à 2020 ! (4) Absurdité totale, pour qui entend lutter contre le CO² !

Heureusement qu’il a le GIEC, à défendre publiquement, sinon ce serait mal…

Vincent Rey
findutravail.net

(1) Une étude indépendante est obligatoire avant de détruire un tel édifice. Elle avait été confiée à un scientifique spécialiste des ressources halieutiques de la Société du Canal de Provence, qui avait conclu que le barrage mobile, tel qu’il était relevé, était inoffensif aux poissons migrateurs.

(2) Logrami : Loire Grands Migrateurs, association de pêcheurs à la ligne.

(3) de même qu’à Blois, la prise de position « contre le barrage mobile » permettait d’exprimer clairement, et bruyamment son positionnement « pour les poissons ».

(4) E Macron veut 100 millions de touristes en France en 2020

Il y a un an, s’effondrait le pont de Gênes, symbole du capitalisme finissant

Depuis, on sait que des familles ont accepté 16000 euros, en échange de l’abandon de toute poursuite. Voici ce que j’écrivais alors.

Le pont de Gênes était-il vraiment incontournable ?

Une semaine après l’effondrement du pont à Gênes, qui a causé la mort de 43 personnes, on peut s’étonner que, malgré les nombreuses enquêtes et témoignages mettant à jour la vétusté du pont, aucune réflexion économique de fond ne semble devoir émerger. Est-ce donc une sorte de fatalité, de laisser circuler 5000 camions par jour sur un pont qui n’était pas prévu pour cela, que l’on suspectait de mal vieillir ? Continuer la lecture de Il y a un an, s’effondrait le pont de Gênes, symbole du capitalisme finissant

TOUTANKAMON

La panthère voit dans le noir. Toutankamon muni de sa couronne blanche en a besoin pour traverser le royaume des morts, et parvenir à la vie éternelle. Y-a-t-il un animal ou un homme, qui pourrait nous aider à traverser la fin du capitalisme, pour arriver à cet autre monde que tout le monde espère ?

Magnifique exposition, à la Vilette…

Exif_JPEG_420
Exif_JPEG_420
Exif_JPEG_420

Moment de vérité, débat Zeymour Cohn-Bendit, 13 mai 2019

La Grande Confrontation : Cohn-Bendit vs Eric Zemmour

REPLAY – Revivez "La Grande Confrontation : l'Europe, stop ou encore ?" avec Daniel Cohn-Bendit et Eric Zemmour

Publiée par LCI sur Lundi 13 mai 2019

Que de circonvolutions et de dénégations, pour refuser de voir en face que ce qui est en cause, et qui nous condamne inéluctablement : les immenses « réserves de concurrence » en Europe et dans le monde, que viendront encore accentuer la disparition du travail, et l’éclatement géographique du reliquat de l’activité humaine. Ecoutez bien ce que disent le maraîcher, et le patron de la petite entreprise de transport, c’est édifiant ! La totalité de ce débat, fait selon moi un magnifique portrait de l’ultra-libéralisme en 2019, et de nos aveuglements ! Je le rangerai assurément en tête de mes moments de vérité.

Ces deux débatteurs sont certainement « fasciste-compatibles » : 

D. Cohn Bendit est un parfait représentant de l’axiome européen TINA (« there is no alternative »). Même teinté de vert, cet axiome reste létal à court terme pour l’Europe, et on voit en ce moment, avec les Gilets Jaunes jusqu’à quel niveau de contrainte physique ses promoteurs européens sont prêts à aller pour le défendre…

Quant à E. Zeymour, bien qu’il semble avoir pris la mesure de la vanité de la concurrence et du libre échange en Europe (et à fortiori si on ouvre les marchés européens au monde), il n’a aucune autre solution que de limiter l’immigration et la progression de l’islam ! Une perspective dont on sent qu’elle l’excite beaucoup, il en est arrivé au point de vénérer les croisades !

Aïe aïe aïe….

Réaction à « On nous cache tout, on nous dit rien » de P Jorion

J’ai lu attentivement le billet intitulé « on nous cache tout, on nous dit rien » de Paul Jorion, où il s’étonne de la pauvreté du compte rendu de l’AFP au sujet de l’audition de Robert Mueller pendant 7h, devant un juge. Comme le sujet m’intéresse, mais que malheureusement, je ne peux plus commenter directement sur son blog, je le fais ici.

Paul Jorion en cherchant les raisons de la distorsion de l’information par l’AFP, dit ceci :

« Notre tendance, quand on ne connaît pas l’explication ou qu’on ne la connaît que de manière partielle, c’est de trouver des gens quelque part qui manipulent et qui sont responsables de ça. Bien entendu, ça peut être le cas mais, malheureusement, dans notre système, dans nos sociétés très compliquées, ça peut être simplement des effets de structures, c’est-à-dire que ce sont des choses qui sont là depuis un certain temps et qui font qu’automatiquement… il n’y a pas nécessairement de gens qui se réunissent tous les matins en disant « Comment est-ce que l’on va concentrer la richesse entre nos mains ? ». Non, le système des dividendes, des intérêts et des coupons sur obligations est suffisant. Ils ne doivent pas se réunir tous les matins. Ça marche comme ça, c’est la structure qui se trouve derrière. C’est la structure de la rente. »

Que s’est-il passé pour ce compte rendu de l’AFP ? le rédacteur de l’annonce ne s’est probablement pas senti très « motivé » par cette question de l’impeachment éventuel de Trump. Et pourquoi ? parce qu’il a « senti » que ce n’était pas un sujet accrocheur, que cela n’intéresserait pas grand monde. Et effectivement, si on interroge les gens dans la rue pour leur demander ce qu’ils pensent de la question, on verrait que les français ne s’y intéressent pas beaucoup.

C’est donc une question de focus, et non pas d’auto-censure, ou d’une quelconque volonté de cacher les choses. Pour les focus élevés, on fait attention à ce qu’on rédige, tandis que pour les focus faibles, on peut alors déplorer de réelles négligences, comme celle-ci au sujet du compte rendu par l’AFP de l’audition de Mueller.

Ces différences de « focus » peuvent-elles découler d’un « effet de structure » ? Oui, et il me semble qu’on en a un exemple absolument flagrant en France avec le Nucléaire, lorsque le nuage radioactif de Tchernobyl s’était arrêté à la frontière ! C’est un « effet de structure », auquel on pourrait ajouter l’adjectif « militaro-industriel », qui a produit ce mensonge. Sinon quoi d’autre ? Qu’est-ce qui aurait pu empêcher les journalistes de l’époque (85, 86?) de livrer l’information fiable sur l’accident, si ce n’est l’existence dans notre pays, d’un complexe militaro-industriel, fortement appuyé comme on le sait, sur l’industrie nucléaire ?

C’est ce focus énorme et imprévu, qu’imposait tout-à-coup l’accident de Tchernobyl à tous les organes de presse, sur les dangers de la fusion d’un réacteur nucléaire, qui a produit cette distorsion de l’information.

Allons plus loin. Il n’est pas exagéré de dire que les dangers du Nucléaire pressurisé, qui étaient dans notre pays une sorte de non-dit avant Tchernobyl (donc un  mensonge par omission de la part de la presse), découlaient de notre consensus à l’acceptation des risques du Nucléaire pressurisé.

Ce serait donc le consensus d’une communauté, qui dirige l’intensité du focus sur telle ou telle information, et qui en détermine aussi la qualité, par l’intérêt qu’on lui porte, ou le temps qu’on y consacre.

Pour en revenir à Trump, de quoi relèverait alors notre consentement collectif à pardonner toutes les frasques de D. Trump, y compris la légèreté avec laquelle il traite les institutions américaines ? on peut se poser la question : ne serait-ce pas déjà, notre consentement collectif à un proto-fascisme du même type, que viendrait corroborer le peu d’intensité donné dans les journaux, aux noyades par dizaines de milliers en méditerranée ?

Vincent Rey

Hiroshima Child

Hiroshima Child

I come and stand at every door
But none can hear my silent tread
I knock and yet remain unseen
For I am dead for I am dead

I’m only seven though I died
In Hiroshima long ago
I’m seven now as I was then
When children die they do not grow

My hair was scorched by swirling flame
My eyes grew dim my eyes grew blind
Death came and turned my bones to dust
And that was scattered by the wind

I need no fruit I need no rice
I need no sweets nor even bread
I ask for nothing for myself
For I am dead for I am dead

All that I need is that for peace
You fight today you fight today
So that the children of this world
Can live and grow and laugh and play

Nazim Hikmet

PRO GIEC ou ANTI GIEC, l’affaire Dreyfus des temps modernes ?

Alors qu’on attend aujourd’hui le dernier rapport du GIEC à Genève, je me suis demandé cette nuit, si cette histoire du co² (1), n’est pas notre « AFFAIRE DREYFUS » du 21ème siècle. Le CLIMAT n’est-il pas devenu le « centre de gravité » de tous les questionnements, tout comme ce fut le cas pour la question de la RACE, à partir de la fin du 19ème siècle ?


Il y a tant d’émotivité dans toute cette histoire, les gens s’insultent, se dénigrent, se traitent de négationnistes… chacun doit se « DÉCLARER » « climato-croyant » ou climato-sceptique », comme jadis ont devait se déclarer « Dreyfusard » ou « anti-Dreyfusard ». En se mettant ainsi à nu, chacun sait alors à qui il a affaire, et peut ranger ses compatriotes dans un camp… : « Ah oui untel ! c’est un climato-sceptique notoire », ou « Ah oui cet autre là, il veut tout arrêter et  nous faire revenir à l’homme des cavernes ! »…

Je ne sais pas ce qu’en disent les historiens, mais il me semble que ces emballements de l’émotion en France, lorsqu’ils se produisent, ouvrent des espaces de réflexion ou de discussion, qui ont des aspects positifs : est-ce qu’on ne peut pas penser, par exemple, que l’affaire Dreyfus, en focalisant les français dès 1895 sur la question raciale, a contribué à désamorcer d’une certaine manière, l’illusion scientifique et le fanatisme racial qui était là en germe, auxquels les allemands eux, n’ont pas échappé ?

Une autre question à se poser est celle-ci : de quel côté serait aujourd’hui Emile Zola, qui avait alors rué dans les brancards, avec son célèbre article « J’ACCUSE ! » ? Assurément du côté de la vérité, et je vous laisse juge de déterminer qui sont ceux, des PRO-GIEC ou des ANTI-GIEC, qui « tordent » la vérité pour la faire coller à tout prix à l’idée qu’il veulent imposer. Il me semble qu’en excellent journaliste qu’il était, il n’aurait pas manqué de remarquer l’extraordinaire prosélytisme des « partisans » du réchauffement climatique anthropique…

Et quelle est-elle cette nouvelle idée, ce nouveau centre de gravité ? La culpabilité de l’Homme, bien sûr. Vous êtes PRO-GIEC, la culpabilité de l’Homme vous est acquise, et nous allons inéluctablement vers l’apocalypse qu’anticipe le film « Soleil Vert » (2). Tandis que si vous êtes ANTI-GIEC, l’Homme n’est en rien responsable du réchauffement climatique, il n’y a même peut-être pas de réchauffement du tout, et chacun peut donc continuer à faire ses petites affaires, selon l’adage « Business as Usual ».

C’est trop simple de mon point de vue. L’avenir de l’Homme, ou la survenue de problèmes environnementaux très graves ne se limite pas, loin de là, à la seule question du réchauffement climatique. Je vois aussi quelque chose de néfaste, à entretenir cette hyper-focalisation sur la question du réchauffement, car l’espace médiatique pris, et l’émotion énorme suscitée par ce débat, nous empêchent précisément de mesurer à leur juste intensité, les AUTRES RISQUES du « Business as usual », qui sont à la fois certains et nombreux, et qui devraient nous conduire à remettre en cause immédiatement le modèle capitaliste : citons rapidement le « peak oil », la complexité, les crises sociales et financières, l’augmentation des inégalités, les dettes privées et publiques, l’inactivité croissante des peuples développés, les subventions énormes données pour préserver l’activité, les emballages, tous les gaspillages (notamment d’énergie), la pauvreté et tout ses dérivés, la délinquance, l’hyper-surveillance, les braconnages, la concurrence et notre impuissance à diriger l’innovation, pour préserver des intérêts attendus.

N’en jetez plus !

Vincent Rey
findutravail.net

(1) qui m’a récemment valu une interdiction de commenter le blog de Paul Jorion)

(2) Soleil vert (R. Fleischer, 1973) : la catastrophe climatique a conduit les hommes à se nourrir de plaquettes de protéines…humaines.

Vincent Rey