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Philippe Aghion, prix Nobel d'économie, aurait-il mal compris l'Intelligence Artificielle
et ses implications sur la croissance économique ?
Vincent de Blois, le 8 mai 2026, modifié le 18

Philippe Aghion, prix Nobel d'économie 2025
Ce qu'explique PHILIPPE AGHION, prix Nobel d'économie 2025, est assez simple :
- On innove à partir de l'ancien.
- L'innovation ne tombe pas du ciel, il faut d'abord de nouvelles découvertes, donc de la recherche
- La destruction créatrice (Schumpeter) fera que de nouveaux emplois seront créés, qui n'existaient pas auparavant
Et il tempère ce dernier point en expliquant que l'excès de règlementation pénalise d'avantage les petits acteurs que les gros, et qu'il faut donc garantir des conditions de concurrence plus fluides, permettant à de petits acteurs innovants de s'imposer sur les anciens, qui tentent de maintenir leurs positions dominantes et leurs rentes.
Telles sont pour lui les conditions de la croissance.
Le prix Nobel 2025 a-t-il bien pris la mesure des conséquences de l'arrivée de L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ?
L'IA n'est pas une innovation comme les autres. En remplaçant l'intelligence humaine, elle va faire chuter à zéro le prix du travail humain qui ne sera plus compétitif. Or Le Medef se plaint de ce prix depuis des années, et ne cesse de réclamer qu'on le réduise par tous les moyens ! A l'évidence, l'IA sera pour ces employeurs une aubaine tombée du ciel, et ce qu'ils peinaient à obtenir du gouvernement, l'IA le leur permettra sans rien demander à personne. Selon cet article de la revue Capital - 5 millions d'emplois on imagine en eqtp - disparaîtront en France d'ici 2 à 5 ans à cause d' l'IA !
Les emplois en "cols blancs" seront les premiers à disparaître.
Elon Musk, père de l'IA "Grok", dit même que l'IA va détruire à terme TOUS LES EMPLOIS, y compris les emplois nouveaux qui vont se créer, car ces nouveaux jobs, l'IA sera capable de les apprendre immédiatement. Il n'est pas le seul ingénieur à le dire. Emad Mostaque (Stable Diffusion, Stablity AI) affirme dans son dernier livre qu'il ne reste que 300 jours (200 maintenant) avant que tous les emplois en "col blanc" - en fait, toutes les tâches réalisées sur un ordinateur - soient remplacés par l'IA. Il ajoute que dans les entreprises, l'humain va devenir très vite "le pire membre de l'équipe", ce qui rend peu probable l'embauche de nouveaux humains.
La destruction des emplois en "cols bleus" suivra.
Dario Amodei d'Anthropic (IA Claude), a déjà donné des signes montrant que "l'apprentissage continu" est déjà inventé, ce qui ouvre la perspective de robots apprenant de façon autonome. Sous peu, l'IA terminera dans l'industrie et le BTP ce que la robotique avait déjà commencé, en remplaçant les derniers humains encore présents dans les usines par des robots humanoïdes. Les progrès réalisés le permettent : la main robotique est maintenant capable de manipuler des objets aussi fragiles qu'un oeuf,et Jeff Bezos, qui n'est jamais en reste quand se présentent des possibilités de "virer" du personnel, prévoit déjà de supprimer 14 000 emplois dans le monde ! (1), Volkwagen 50 000 !
Quelles suites l'arrivée de l'IA peut elle avoir sur l'économie ? Il y a des suites certaines, et d'autres sont hypothétiques...
Ces destructions d'emplois massives sont la seule conséquence brutale et certaine qu'il faut attendre de l'IA. Les suites à attendre d'une robotisation et d'une logiciellisation limitées sont déjà connues depuis les années 1990 : elles ont provoqué un transfert des revenus du travail vers ceux du capital, une croissance molle rarement supérieure à 1%, et la crainte de perdre son emploi chez le consommateur, l'incitant à épargner. Que faudrait-il attendre de l'automatisation intégrale de toutes les tâches par l'IA ? difficile d'imaginer qu'elle renverserait cette tendance.
La croissance elle-même, même faible telle qu'on la mesure ces dernièrs temps, pourrait en souffrir. Tel service qu'un expert comptable ou un avocat vendait 10 000 €, ne s'échangera plus dans quelque mois que 1000 €, parce que 9000€ de travail humain auront été confiés à l'IA ! Telle automobile qui valait 30 000€ avant l'IA, verra son prix fondre à 20 voire 10 000 € une fois les humains remplacés par des robots. Les bénéfices pourront-ils se maintenir à leur niveaux nominaux, alors que les prix baisseront aussi brutalement ? (2) Si jamais la réponse est NON, alors en étendant cet exemple à toute l'activité économique, le PIB (= le cumul de tous ces bénéfices) POURRAIT RAPIDEMENT SE DIVISER, SINON PAR 10, AU MOINS PAR 2 ! ce qui poserait d'énormes problèmes aux finances publiques !
Essayons d'imaginer un cas concret d'impact de l'IA sur les bénéfices, dans ce double contexte de concurrence commerciale, et de disparition massive des revenus du travail. Imaginons un premier constructeur A remplaçant 9/10ème du travail humain par de l'IA. Il abaissera ses prix pour décaler l'offre et s'assurera ainsi un confortable bénéfice. Alors les constructeurs B, C, et D (concurents de A) feront de même, pour maintenir leurs parts de marché. Ils détruiront à leur tour 9/10eme du travail humain, et pour décaler encore un peu plus le prix de A, ils sacrifieront une part du bénéfice par unité pour tenter d'augmenter leur volume de vente et ainsi maintenir le volume total de leurs profits respectifs. Jusque là, ce mouvement ne fait guère de doute.
MAIS, et c'est là que le bât blesse, A, B, C, et D fonderont - demain comme aujourd'hui - leurs prévisions de vente sur les revenus de leurs clients, en passe de disparaître massivement ! Ces salaires humains disparaissant, les intentions d'achats se feront moins nombreuses. Les ventes de A B C et D tendront alors à revenir à ce qu'elles étaient au départ chez chacun de ces constructeurs, mais avec un bénéfice moindre. Il y a donc de bonnes raisons de craindre, que l'IA déclenchera non seulement une course aux licenciements chez A, B, C et D, mais aussi à terme, une diminution de leurs profits respectifs, et par conséquent une restriction sévère du PIB, si autant de gens se retrouvent sans revenus, ou avec de simples revenus de subsistance.
Par quoi remplacer ces 30 ou 50% de PIB marchand, si jamais il s'évapore de la sorte ? Par la création de nouvelles activités marchandes, mais alors lesquelles ? La "destruction créatrice" (d'emplois) de Schumpeter, évoquée par M Aghion devra se montrer bigrement rapide et dynamique pour compenser la brutalité de la disparition des revenus humains, et la chute à terme de ces bénéfices. Une concurrence plus parfaite, pourrait-elle y contribuer ? En favorisant l'arrivée de "nouveaux entrants" encore plus innovants sur le marché - donc encore plus destructeurs d'emplois - , cela ne peut avoir pour effet que d'accentuer cette tendance !
De plus, ces nouvelles activités que ferait naître l'IA, les plus grands chercheurs en IA n'y croient pas ! Voyez ce qu'en dit le prix Turing Joshua Bengio, et aussi le prix Nobel Geoffrey Hinton. S'il est à craindre que l'avènement de IA dans un contexte économique de concurrence tirera la croissance vers le bas, il faut également redouter que dans un marché au consommateur aussi saturé que celui de la France, ces nouvelles activités peineront à combler dans le PIB les bénéfices disparus en de telles proportions. Toutefois, l'IA comme on l'a dit, va aussi diminuer le prix de nombreux biens et services, ce qui peut augmenter le pouvoir d'achat de ceux qui auront conservé un revenu. Mais combien seront-ils ? et à la fin comment tout cela s'équilibrera ? Libre aux enthousiastes de penser que ce sera une croissance à deux chiffres...
La décroissance n'est pas la seule conséquence qu'il faut redouter. Il faut aussi se préparer simultanément à une exportation du PIB ! En effet, en reprenant l'exemple ci-dessus, les 1000 € de bénéfice restants à l'entreprise française en échange du service de comptabilité auront nécessité par exemple 400€ d'achat de services en Intelligence Artificielle (pour remplacer les 9000€ de travail humain local, devenu obsolète). Ces 400 € viendront créditer en retour le PIB américain. (4)... Ce sera certainement un bien triste spectacle, de voir ainsi le PIB américain se "faire la cerise" sur l'augmentation du chômage dans l'hexagone, tout en agravant nos problèmes budgétaires ! (5). Il y a donc urgence à engager une réflexion politique pour déterminer comment l'Etat pourrait faire face à des problèmes humains et budgetaires d'une telle ampleur.
(0) Plutôt que de donner du crédit à ce que dit Philippe Aghion, mieux vaut lire quelques bons ouvrages d'économie...tel que celui-ci : "Misère de la pensée économique", de Paul Jorion.
(1) Amazon annonce aussi la création de 7000 emplois en France. Souhaitons que pas un centime d'argent public ne vienne les subventionner ! car si jamais Amazon licencie ces 7000 dans 2 ans, on creusera encore un peu plus la dette pour envoyer ces gens en formation, ou pour participer à son plan social ! Nous en étions paraît-il à 200 milliards d'argent public retourné au PIB marchand en 2025 pour ce genre de choses...soit quatre fois le budget de l'Education Nationale ! ça suffit peut-être non ? Le village gaulois saura-t-il éviter la bagarre générale en 2027 ?
(3) dans le B2B, ces nouvelles activités, ce seront par exemple des cabinets d'avocats qui ne compteront que deux employés humains, s'imposant sur d'autres chez qui il en restera 10. Puis encore de nouveaux chez qui il n'en restera plus qu'un, qui mettront en difficulté ceux chez qui il en restera 2. ET pour ce qui est des nouveaux marchés visant le consommateur (B2C), on ne voit vraiment pas quels nouveaux biens ou services pourraient venir combler cette perte de PIB, dans un tel contexte de disparition des revenus humains et d'accroissement des inégalités.
(4) la devise "the winner takes all" (le gagnant prend tout) s'appliquera à l'IA, comme elle s'est appliquée aux moteurs de recherche. Google a tout gagné, Open AI et Anthropic gagneront tout aussi, à condition que leurs recherches non supervisées nous laissent vivants.
(5) findutravail.net dénonce depuis 8 ans cette "auto-dévoration" du système économique mondial consistant à subventionner le PIB marchand par de l'argent public. Il faut lâcher l'affaire, et se réorganiser complètement.
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