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Philippe Aghion, prix Nobel d'économie, aurait-il mal compris l'Intelligence Artificielle et ses implications sur la croissance ?
Vincent de Blois, le 8 mai 2026, modifié le 11

Philippe Aghion, prix Nobel d'économie 2025
Ce qu'explique PHILIPPE AGHION, prix Nobel d'économie 2025, est assez simple :
- On innove à partir de l'ancien.
- L'innovation ne tombe pas du ciel, il faut d'abord de nouvelles découvertes, donc de la recherche
- La destruction créatrice (Schumpeter) fera que de nouveaux emplois seront créés, qui n'existaient pas auparavant
Et il tempère ce dernier point en expliquant que l'excès de règlementation pénalise d'avantage les petits acteurs que les gros, et qu'il faut donc garantir des conditions de concurrence plus fluides, permettant à de petits acteurs innovants de s'imposer sur les anciens, qui tentent de maintenir leurs positions dominantes et leurs rentes.
Telles sont pour lui les conditions de la croissance.
Le prix Nobel 2025 aurait-il mal compris L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, ET SES IMPLICATIONS SUR LA CROISSANCE DU PIB ?
L'IA tout d'abord n'est pas une innovation comme il en a déjà existé. En remplaçant l'intelligence humaine, elle va faire chuter à zéro le prix du travail humain qui ne sera plus compétitif. Or on sait que le prix du travail est une composante déterminante de la compétitivité d'une entreprise. Le Medef se plaint du "coût" du travail depuis des années, et ne cesse de réclamer aux gouvernements que l'on diminue ce coût. A l'évidence, l'IA sera pour ces employeurs une aubaine, et on peut s'attendre à des destructions massives d'emplois. Selon cet article de la revue Capital, 5 millions d'emplois sont menacés en France d'ici 2 à 5 ans.
Elon Musk, père de l'IA "Grok", dit même que l'IA va détruire à terme TOUS LES EMPLOIS, y compris les emplois nouveaux qui vont se créer, car ces nouveaux jobs, l'IA sera capable de les apprendre immédiatement. Il n'est pas le seul ingénieur à le dire. Emad Mostaque (Stable Diffusion, Stablity AI) affirme dans son dernier livre qu'il ne reste que 300 jours (200 maintenant) avant que tous les emplois en "col blanc" faits à l'aide d'un ordinateur soient remplacés par l'IA. Il dit aussi que dans les entreprises, l'humain va devenir très vite "le pire membre de l'équipe". Voila qui rend peu probable l'embauche de nouveaux humains en "col blancs".
Quant aux emplois en "cols bleus", Dario Amodei d'Anthropic (IA Claude), a déjà donné des signes montrant que "l'apprentissage continu" est en bonne voie, ce qui ouvre la perspective de robots apprenant de façon autonome. Sous peu, l'IA terminera dans l'industrie et le BTP ce que la robotique avait déjà commencé, en remplaçant les derniers humains encore présents par des robots humanoïdes. Les progrès réalisés le permettent : la main robotique est maintenant capable d'une sensibilité supérieure à celle d'un humain, et elle est maintenant capable de manipuler un oeuf. Jeff Bezos, qui ne recule jamais quand se présentent des possibilités de remplacer les humains, prévoit déjà de supprimer 14 000 emplois dans le monde ! (1), et Volkwagen 50 000 !
Deuxièmement M Aghion n'évoque pas les implications prévisibles de l'Intelligence Artificielle sur la croissance. Or il semble légitime de s'interroger : L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE NE VA-T-ELLE PAS TIRER LA CROISSANCE VERS LE BAS ?. Tel service qu'un expert comptable ou un avocat vendait 10 000 €, ne s'échangera plus dans quelque mois que 1000 €, parce que 9000€ de travail humain auront été confiés à l'IA ! Telle automobile qui valait 30 000€ avant l'IA, verra son prix fondre à 20 voire 10 000 € quand la production sera entièrement confiée à des robots (2). En multipliant ce genre d'exemples - et on peut penser qu'ils seront nombreux - le PIB POURRAIT RAPIDEMENT SE DIVISER SINON PAR 10, AU MOINS PAR 2, ce qui poserait d'énormes problèmes aux finances publiques !
La "destruction créatrice" (d'emplois) de Schumpeter, évoquée par M Aghion devra se montrer bigrement rapide et dynamique pour compenser cette descente immédiate de bénéfices (3). Une concurrence plus parfaite pourrait-elle y contribuer ? En favorisant l'arrivée de "nouveaux entrants" encore plus innovants sur le marché - donc encore plus destructeurs d'emplois - , cela ne peut avoir pour effet que d'ACCENTUER CETTE TENDANCE !
Essayons d'imaginer l'impact de l'IA sur la croissance, dans ce double contexte de concurrence commerciale, et de disparition massive des revenus du travail.
Imaginons un premier constructeur A commençant à remplacer 9/10ème du travail humain. Il abaissera ses prix pour décaler l'offre et s'assurera ainsi un confortable bénéfice. Alors les constructeurs B, C, et D (concurents de A) feront de même, pour se maintenir sur le marché. Ils détruiront à leur tour 9/10eme du travail humain, et pour décaler encore un peu plus le prix de A, ils sacrifieront une part du bénéfice par unité pour tenter d'augmenter leur volume de vente et ainsi maintenir le volume total de leurs profits respectifs. MAIS, et c'est là que le bât blesse, A, B, C, et D fondent une partie de leurs espoirs de vente sur les revenus de leurs clients. Au fur et à mesure que ces revenus humains (en concurrence avec l'IA) disparaîtront, les intentions d'achats baisseront. Le nombre des ventes de A B C et D tendront alors à revenir à ce qu'il était au départ chez chacun de ces constructeurs, mais avec un bénéfice moindre. Il y a donc de bonnes raisons de penser, que l'IA déclenchera non seulement une course aux licenciements chez A, B, C et D, mais aussi, à terme, une diminution de leurs profits respectifs. Dire cela, ce n'est pas de la prospective, c'est déjà ce qui a eu lieu dans l'automobile avant l'arrivée de l'IA (course aux délocalisations), et que l'IA va inévitablement amplifier. Par quoi M Aghion imagine-t-il remplacer ces 30 ou 50% de PIB marchand qui vont s'évaporer ? Par la création de nouvelles activités, mais alors lesquelles ? (3)
Ces nouvelles activités que ferait naître l'IA, les plus grands chercheurs en IA n'y croient pas ! Voyez ce qu'en dit le prix Turing Joshua Bengio, et aussi le prix Nobel Geoffrey Hinton. S'il est à peu près certain l'IA dans un contexte de concurrence aura tendance à tirer la croissance vers le bas, il est également certain que dans un marché au consommateur aussi saturé que celui de la France, ces nouvelles activités peineront à combler les bénéfices disparus en de telles proportions. Toutefois, l'IA comme on l'a dit, va aussi diminuer le prix de nombreux biens et services, ce qui peut augmenter le pouvoir d'achat de ceux qui auront conservé un revenu. Mais combien seront-ils ? et à la fin comment tout cela s'équilibrera ? Libre à certains enthousiastes de penser que ce sera une croissance à deux chiffres...
La décroissance n'est pas la seule conséquence qu'il faut redouter. Il faut aussi se préparer simultanément à une exportation du PIB ! En effet, en reprenant l'exemple ci-dessus, les 1000 € de bénéfice restants à l'entreprise française en échange du service de comptabilité auront nécessité par exemple 400€ d'achat de services en Intelligence Artificielle (pour remplacer les 9000€ de travail humain local, devenu obsolète). Ces 400 € viendront créditer en retour le PIB américain. (4)... Ce sera certainement un bien triste spectacle, de voir ainsi le PIB américain se "faire la cerise" sur l'augmentation du chômage dans l'hexagone, tout en agravant nos problèmes budgétaires ! (5). Il y a donc urgence à engager une réflexion politique pour déterminer comment l'Etat pourrait faire face à des problèmes humains et budgetaires d'une telle ampleur.
(0) Plutôt que de donner du crédit à ce que dit Philippe Aghion, mieux vaut lire quelques bons ouvrages d'économie...tel que celui-ci : "Misère de la pensée économique", de Paul Jorion.
(1) Amazon annonce aussi la création de 7000 emplois en France. Souhaitons que pas un centime d'argent public ne vienne les subventionner ! car si jamais Amazon licencie ces 7000 dans 2 ans, on creusera encore un peu plus la dette pour envoyer ces gens en formation, ou pour participer à son plan social ! Nous en étions paraît-il à 200 milliards d'argent public retourné au PIB marchand en 2025 pour ce genre de choses...soit quatre fois le budget de l'Education Nationale ! ça suffit peut-être non ? Le village gaulois saura-t-il éviter la bagarre générale en 2027 ?
(2) On peut penser qu'on vendra d'avantage de ces voitures, et donc que les bénéfices du fabricant se multiplieront. Mais est-ce si certain, si les revenus humains disparaissent dans de telles proportions ?
(3) dans le B2B, ces nouvelles activité, ce seront par exemple des cabinets d'avocats qui ne compteront que deux employés humains, s'imposant sur d'autres chez qui il en restera 10. Puis encore de nouveaux chez qui il n'en restera plus qu'un, qui mettront en difficulté ceux chez qui il en restera 2. ET pour ce qui est des nouveaux marchés visant le consommateur (B2C), on ne voit vraiment pas quels achats pourraient venir combler cette perte de PIB, dans un tel contexte de disparition des revenus humains et d'accroissement des inégalités.
(4) la devise "the winner takes all" (le gagnant prend tout) s'appliquera à l'IA, comme elle s'est appliquée aux moteurs de recherche. Google a tout gagné, Open AI et Anthropic gagneront tout aussi, à condition que leurs recherches non supervisées nous laissent vivants.
(5) findutravail.net dénonce depuis 8 ans cette "auto-dévoration" du système économique mondial consistant à subventionner le PIB marchand par de l'argent public. Il faut lâcher l'affaire, et se réorganiser complètement.
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