La passerelle de Blois : la poursuite forcenée du gaspillage d'argent public au Lac de Loire ?
(Vincent de Blois, le 26 juin 2026)
La construction de la passerelle sur les piles de l'ancien barrage semble stoppée...les gravats ne gênent-ils pas les poissons ?
Il y a un an je comparais cette passerelle à vélo sur la Loire et l'Autoroute A69 dans un article intitulé "Le chantier de l'A69 repart, les partisans du PIB WASHING jubilent". J'y suggérais en particulier que les motivations pour ces deux constructions se ressemblaient, puisqu'on y recherchait d'avantage la croissance du PIB, plutôt que l'intérêt public.
Le "Lac de Loire" où se construit cette passerelle est un gouffre d'argent public depuis les années 1960. Un peu d'histoire pour se le remettre en mémoire :
La passerelle quand elle sera terminée, construite sur les piles de l'ancien barrage mobile
L'ex-barrage mobile, sur les piles duquel on construit aujourd'hui cette passerelle avait déjà coûté 15 millions de francs début 1970, l'équivalent de 26 millions d'€ de 2026. Ce bâtiment n'était que l'élément principal d'un projet beaucoup plus vaste. Ce projet de la Jeune Chambre de Commerce portait le nom de "Las Vegas Blésois". Il incluait casino, piscine, golf, et même un champ de course ! Tout n'a pas été fait, mais les terrains alentours ont été viabilisés, et les rives de la Loire ont été renforcées par des palplanches pour supporter le poids de l'eau. Le Conseil Général levait les vannes début juillet, pour ne pas gêner la migration des poissons qui a lieu au printemps. En une semaine de temps apparaissait alors "le Lac de Loire". Le total des travaux, terminés au début des années 1970, nécessita la mobilisation de 60 millions d'argent public, soit l'équivalent 72 millions d'€ de 2026.
Le barrage mobile vannes levées en été. Le niveau de la Loire montait de 1,7m, créant un lac en amont : le "lac de Loire".
Au début des années 2000, "Le Las Vegas blésois" n'ayant que partiellement répondu aux attentes, le Conseil Général(1) s'est fatigué d'entretenir le barrage mobile. Les barrages étaient passés de mode, et diverses associations de pêcheurs(2) poussèrent à la roue pour que le barrage soit détruit, affirmant qu'il était "le premier obstacle aux poissons migrateurs". Cela coïncidait avec la lassitude du Conseil Général, qui décida alors en 2024 de ne plus en relever les vannes, au motif qu'il était "en très mauvais état", et que cela posait des problèmes de sécurité. Un rapport d'expertise indépendant(4) réalisé par la "Société du Canal de Provence", affirmait pourtant le contraire de tout ce qui était prétendu. Il disait que le barrage mobile était en "bon état général", et que son impact sur les ressources halieutiques était négligeable.
Evolutions des populations de poissons migrateurs à partir de l'abaissement des vannes de 2004 (comptages aux stations de Decize et Vichy).
La destruction des vérins et des vannes fut donc programmée pour 2009 (toujours au frais du contribuable) pour un montant de 1 million d'€, soit 1,3 million d'euros d'aujourd'hui. Des subventions européennes pour la protection de l'environnement furent sollicitées, et accordées au Département, sous la condition expresse de restituer au "lac de Loire" son état d'origine, ce qui était difficile, étant donné l'ampleur des travaux effectués. Le département a donc encaissé les subventions européennes, mais les piles du barrage ainsi que les palplanches enfoncées à 12m dans le lit du fleuve, ainsi que les bâtiments (aujourd'hui en ruine) du "Las Vegas Blésois" sont restés en place.
L'assèchement avant le découpage des vannes du barrage mobile, photo du 10 juillet 2009.
Trois décennies plus tard, l'échec commercial du "Las Vegas Blésois" oublié, de nouvelles perspectives de profits pointèrent le bout de leur nez. Avec le programme d'état "la Loire à vélo" (environ 300 millions d'€ d'argent public par an), l'espoir naquit d'attirer des millions de touristes de l'étranger (arrivant par avion = PIB), et de les faire circuler (en vélo de location = PIB) le long de la Loire, dormir dans nos hotels et campings (= PIB), manger dans nos restaurants (= PIB). Le Président Macron a fixé l'objectif. En 2021, il affirmait son ambition de voir le nombre de touristes dépasser les 100 millions par an. (5)
Nos élus locaux, toujours au "garde-à-vous" quand on parle de croissance du PIB, accompagnent le mouvement : pistes cyclables en béton longeant le fleuve (aux frais du contribuable), "passerelle pour mobilités douces" s'appuyant sur les anciennes piles du barrage mobile (aux frais du contribuable), et enfin réhabilitation du grand bâtiment nommé "capitainerie" aujourd'hui à l'état de ruine (toujours aux frais du contribuable) pour en faire un restaurant. En 2026 comme en 1960, le contribuable local est appelé à participer : on avait demandé aux blésois de payer un peu plus de la moitié du barrage mobile (8 des 15 millions de francs). En 2026 ce sont encore les locaux qui paieront les trois quarts de cette passerelle (73% des 17,5 millions d'€). Les même locaux paieront aussi la totalité des 1,5 ou 2 millions d'€ de la réhabilitation de la "Capitainerie" (la ruine principale du "Las Vegas Blésois") pour en faire un restaurant(3).
L'utilité publique de cette passerelle pour les habitants du Loir et Cher questionne, mais peu importe. A l'évidence ce qui est recherché n'est pas cela, mais l'obtention de jolies photos que l'on imprimera sur les nouveaux propectus de "La Loire à vélo". Le but ultime est de garantir aux futurs touristes qu'à Blois, tout est fait pour l'accueil des cyclistes. Une première photo sera faite pour montrer des cyclistes traversant le fleuve grâce à la passerelle, et peut-être en fera-t-on une seconde depuis le balcon du nouveau restaurant de "La Capitainerie", montrant des chevaux traversant la passerelle ! Espérons que le PIB espéré rembousera cette fois ce que les contribuables auront investi, car à 20 millions le cliché, il pourrait en être autrement si jamais le prix du baril de pétrole devient exorbitant, interdisant tout voyage en avion !
Cette idée de faire de l'endroit une "carte postale pour La Loire à Vélo" n'est d'ailleurs pas secrète. Elle est même ouvertement proclamée ! Une élue de la Communauté d'Agglomération n'a-t-elle pas déclaré au sujet de la rénovation de la "capitainerie" « (..) C’est une pépite non exploitée. On va en faire une carte postale pour nos touristes ». Voila qui est bien dans l'esprit de "La Loire à Vélo", cette action de propagande d'Etat visant à promouvoir le tourisme, mais aussi à convaincre les élus et les acteurs économiques locaux que la Loire "est un trésor" (sous entendu de PIB) à exploiter !
La "Capitainerie", ancienne ruine du "Las Vegas Blésois" sera refaite pour 1,5 à 2 millions d'euros par Agglopolys. Crédit photo : Journal "La Renaissance".
Ainsi va la recherche du PIB. On fera tout pour la croissance, jusqu'à ruiner complètement le contribuable.
Où en est-on fin juin 2026 ? La passerelle qui devait être terminée en 2025, est toujours en chantier. Il y a pas mal de gravats autour des piles, ce qui peut gêner les poissons migrateurs en cette fin de période de passages, et on n'entend guère guère protester les associations qui avaient autrefois appelé à la destuction du barrage mobile, au nom de la défense de ces mêmes poissons. Ni l'Observatoire Loire de Blois, ni le wwf, ni Logrami ne se manifestent. Lesdits poissons migrateurs semblent au demeurant avoir définitivement déserté le fleuve, comme le montre cette courbe arrêtée en 2021 !
Comptage des poissons migrateurs arrêté en 2001 (comptages aux barrages de decize et Vichy, équipés de passe à poissons).
(1) dirigé alors par Maurice Leroy, devenu ensuite ministre de la Ville, puis qui a émigré ensuite dans la Russie de Poutine, et n'est plus reparu dans le Loir et Cher !
(2) Détail du financement de la passerelle : 17,5 millions d'€ pris en charge par l'Etat(27%), la région(28%), par le département(31%), et par Agglopolys(14%), avec 2 millions de subventions obtenues de l'Union Européenne.
(3) Il faut dire à la décharge de nos élus, qu'ils n'avaient pas le droit de détruire ces ruines, classée "Architecture contemporaine remarquable" par la Drac. Alors il fallait bien en faire quelque chose...
(4) obligatoire pour tout ouvrage déclaré d'utilité publique, ce qui était le cas du barrage mobile.
(5) Mission accomplie, il y en eu plus de 100 en 2025 !