Primaire socialiste : un beau gouvernement réformiste, à qui toutefois il manque quelque chose dans l'analyse
Vincent de Blois, le 27 septembre 2026
la fin du travail humain, entre autres choses, était absente du débat.
L'impression générale sur ce premier débat était très bonne. Il y avait là des gens courtois, avançant des idées réformistes, acceptant de dialoguer sans s'interrompre, même si on entrait pas dans le détail de certaines.
Parmi ces idées, la Sécurité Sociale Alimentaire portée par Olivier Faure est évidemment la plus porteuse d'espoir. Que chacun puisse disposer d'un panier alimentaire soulagerait énormément beaucoup de familles, au bord de la rupture. Et comme le souligne Ségolène Royal, une telle mesure ne coûterait rien à l'Etat, et elle aurait même l'immense intérêt de sauver des vies humaines, non pas de la faim, mais de la haine !
La Sécurité Sociale Alimentaire ne coûterait rien à l'Etat. Elle pourrait même lui rapporter si par exemple les 20 milliards nécessaires sont pris d'une manière ou d'une autre dans la trésorerie des grands groupes (français ou étrangers) à qui on ferait économiser en contre-partie les dépenses de publicité dont ils innondent les médias(0). Et elle sauverait des vies, parce que dans les familles, les tensions ne viennent pas de nulle-part. La plupart du temps, c'est la précarité qui fait exploser les ménages, lorsque par exemple, un membre du couple ne rapporte rien ou trop peu. Souvent, lorsque l'espoir disparaît surgit alors la violence physique. Chacun est libre d'expliquer autrement la progression fulgurante du nombre des tentatives d'homicides (1) pendant les deux mandats d'Emmanuel Macron.
J'en faisais une tentative d'explication dans un article intitulé "l'effondrement n'est plus une hypothèse", qui avait également l'intérêt de proposer une explication de la progression des extrêmismes. C'est sous cet angle, plutôt que sous l'angle des alliances que les intervenants à ce débat auraient dû aborder la progression des extrêmismes ! Seule Ségolène Royal a semblé en prendre la mesure en parlant de "faire diminuer la tension dans les familles". Voici un extrait de l'article :
Alors quand une part croissante de la population a de plus en plus de mal à trouver des revenus (au moins 4 millions), et quand, en même temps, les injonctions à consommer sont massives (17 milliards d'€ de publicité en 2023 ciblant des gens qui ont de moins en moins de moyens !!), alors le resentiment et bientôt la haine monte : contre son conjoint ("tu fous rien ! t'es un bon à rien, fous le camp !"), contre les magrhébins ("qu'ils retournent dans leur pays de merde!"), contre les élus ("notre fric ils s'en foutent plein les poches !"), contre les délinquants ("de la racaille"), contre les jeunes ("ils veulent rien foutre c'est ça le problème !"), contre les écologistes ("c'est à cause d'eux qu'on arrive plus à vivre !"), contre les LGBT ("des dégénérés !"), contre l'ultra-gauche ("une bande de fouteurs de merde"), contre les universitaires ("des intellos à la con")...et caetera.
Evidemment, une mesure aussi radicale que la Sécurité Sociale Alimentaire soulèverait aussi des plaintes. Les grands médias qui vivent de la publicité , beaucoup trop grassement de mon point de vue (2) ne manqueraient pas de s'écrier "mais de quoi allons nous vivre s'il n'y a plus de publicité ?!". Les avocats spécialisés en divorces, se plaindraient aussi de la diminution de leur nombre, les marchands de systèmes de sécurité aussi se plaindraient de la diminution du nombre de cambriolages, mais il faut choisir de quoi la croissance doit être faite : de l'espoir, ou du désespoir ?
Les paysans et industriels locaux à qui ont confierait (sous conditions de production) ce marché alimentaire de 20 milliards ne s'en plaindraient certainement pas, eux, de la Sécurité Sociale Alimentaire, car ils en bénéficieraient directement, en retrouvant de la dignité de leur métier. Un effet de relance keynesien pourrait aussi résulter d'une telle mesure, alors qu'on le sait impossible en distribuant de l'argent (premières années Mitterrand). Enfin on serait certain que 100% de ces ressources d'Etat seraient dépensées et non épargnées, étant donné le niveau de précarité dans le pays : cela ne pourrait donc que relancer la croissance, de la façon la plus vertueuse qui soit ! En aidant les plus pauvres et les agriculteurs, et en restaurant la souveraineté alimentaire.
Et puis PATATRA, dès qu'il a été question de JL Mélenchon dans ce débat, la belle unité paisible qui avait prévalu jusque là a volé en éclat. D'un côté Jerôme Gedj et R. Glucksmann opposés fermement à toute alliance avec la France Insoumise, et de l'autre Emmanuel Morel, S. Royal, et O. Faure, plus conciliants.
Il faut savoir raison garder, et voir l'humain derrière le LFIste ou le RNiste. Tous ne sont pas des fanatiques gagnés par la haine. Cette progression des partis extrêmes étant mondiale, elle ne peut pas non plus avoir pour cause le niveau d'imposition et de charges sociales, puisqu'elle a lieu aussi bien aux USA, au Royaume Uni, en Allemagne, au Brésil... Cette radicalisation n'est que la trace politique de décennies d'aveuglement devant la croissance des inégalités : effets directs tels que le manque d'espoir familial déjà mentionné, ou indirects comme la pratique d'activités illégales, personne ne voulant respecter la loi jusqu'au point de se sentir menacé dans sa survie biologique.
Ces électeurs qui projettent de voter pour des partis extrémistes ou ces abstentionnistes, n'attendent-ils pas justement qu'on leur propose des réformes capables de changer en profondeur le "système", telle que la Sécurité Sociale Alimentaire ? Ce "système" qui depuis maintenant 4 décennies applique la doctrine de Schumpeter, ou celle légèrement modifiée de Philippe Aghion ?
Les électeurs n'en peuvent plus de cet immobilisme. Il y aurait certainement de grands bienfaits à attendre du regain d'espoir qui résulterait de la proposition d'une Sécurité Sociale Alimentaire.
(0)la publicité leur coûte très cher, et c'est un montant gaspillé puisqu'ils s'échinent à lutter les uns contre les autres. Par ailleurs, si elle leur paraît indispansable, au motif qu'elle leur permet de divulguer de l'information, ils ont toute la possiblité d'informer sur Internet !
(1) les explications grotesques de la progression du nombre d'homicides : la violence des jeux vidéos, les réseaux sociaux, l'islam, ou une diabolisation soudaine des citoyens d'origine étrangère !
(2) 70000 €/mois pour présenter le 20h : est-ce mérité ou bien est-ce le prix de la "fidélité" à la chaîne, et à sa publicité ? Ce coût exorbitant des médias est aussi pris au citoyen, il s'ajoute au coût de la publicité qu'il paie par ses consommations.