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Qui est au juste Laurent Nuñez, ministre de l'intérieur ?
Vincent de Blois, le 11 octobre 2026

Laurent Nuñez dans le JDD : «Les policiers ont tout mon soutien»
La répression du mouvement lycéen met en lumière qu'une partie de la police est incontrôlable. Gagnée par les idées d'extrême-droite, elle entend exercer librement sa violence pour "mater" toute constestation. Depuis déjà quelques années, les accidents multiples de schooter impliquant une voiture de police étaient suspects. Etait-il convenu que dans certains quartiers, pour arrêter un jeune en fuite, la police s'arrogeait le droit de percuter un schooter, au risque de provoquer des blessures très graves ?
En cet automne 2026 certaines attaques des CRS contre les lycéens sont difficiles à justifier. Aucun des motifs avancés tels que "on vous a ordonné de vous disperser", ou "le lancement de projectiles dangereux" ne peut justifier des tirs de LBD40 ou de grenades assourdissantes contre des adolescents, ou encore de foncer en voiture au risque de heurter quelqu'un (une jeune fille de 14 ans à l'hôpital). Il est de plus en plus évident qu'une partie de la police et des CRS, prend ses propres initiatives pour faire violence "aux jeunes", et aux personnes "racisées", et qu'ils se savent assez protégés pour le faire.
Lorsqu'une bavure se produit, les pouvoirs publics se contentent souvent de déclarer : "on ne sait pas très bien ce qui s'est passé, une enquête est en cours, attendez de voir le rapport de l'IGPN". Or on sait depuis la révolte des gilets jaunes ce qu'il faut attendre de l'IGPN. Cette institution est devenue un organe de protection des policiers, et ce ne sont pas quelques mises en examen de policiers qui peuvent faire oublier les dizaines d'éborgnés, et toutes les personnes traumatisées par ces armes de guerre utilisées contre des manifestants lors des manifestations de 2020. L’AFP relevait ainsi en 2023 que parmi les 23 personnes éborgnées en 2019-2020, aucun auteur n’avait encore été condamné. Il en est toujours de même en 2026.
Parfois, il n'y a même pas d'enquête, lorsque la presse (Libération et Le Monde, honte à eux) se joint à l'IGPN pour "enterrer" une affaire trop gênante, comme ce fut le cas pour le tabassage de Mehdi K(1). Ainsi va notre pays, dans certaines circonstances, on lâche les chiens d'extrême-droite sur les manifestants, et ils ont carte blanche pour amocher, éborgner, amputer, matraquer...
L'enquête sur l'éborgnage de Jérôme Rodrigues témoigne elle aussi du rôle de "protection des policiers" de l'IGPN. Alors qu'un grand reporter du journal "La Croix" (Antoine Peillon) affirmait disposer de sources en provenance du Renseignement Intérieur lui indiquant que J. Rodrigues avait "été pointé", l'instruction de l'IGPN n'a pas tenu compte de ces accusations très graves pour l'Etat. Elle n'a pas investigué, et conclu en septembre 2023 que la blessure à l'oeil de J. Rodrigues était due à une "grenade de désencerclement". Voila qui soulageait évidemment les policiers incriminés d'avoir intentionnellement voulu lui enlever un oeil, à l'aide du viseur très précis d'un LBD40. On remarquera en outre, que la probabilité pour que ce soit touchée précisément la personne de J. Rodrigues - leader charismatique du mouvement - était très faible, de l'ordre de 1 sur 285, comme je le montrais en 2020 dans cet article. Et encore bien moins pour qu'il soit touché en plein dans l'oeil, s'il s'agit d'une grenade ! L'instruction a donc été clôturée sans s'intéresser à ce qu'avait écrit Antoine Peillon dans son livre, qui impliquait des membres la Sécurité Intérieure.
Mais qui est au juste Laurent Nuñez ? les accusations d'Antoine Peillon portaient sur une jonction entre des membres des services de la Sécurité Intérieure et certains éléments...disons collaboratifs pour ne pas dire complices, de la police. Or Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur dans le gouvernement d'Edouard Philippe au moment de faits connaissait bien la Sécurité Intérieure. Il a été le directeur de la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) entre 2017 et 2018. Sachant cela, les accusations de Peillon étaient donc vraissemblables, et même plausibles ! elles méritaient en tout cas une investigation de l'IGPN, ce qu'elle a certainement rechigné à faire, car elle se serait alors attaquée à sa propre hiérarchie au sein du ministère de l'Intérieur.
Devenu Ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez a certainement conservé des liens étroits avec la DGSI, ce qui devrait inviter les leaders lycéens à la méfiance. Il ne faudrait pas que la même chose arrive à l'un d'entre eux. Qu'ils se souviennent que bientôt 7 ans après l'éborgnage de Rodrigues, aucun policier n'a encore été incarcéré !
Notre "démocratie" va très mal, si elle tolère ce genre de choses.
(1) il ne devait à l'évidence pas être difficile de savoir qui étaient les auteurs de ce tabassage rue de Berri ! même sans connaître la victime !
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